Les témoignages des premiers explorateurs européens du XVIIIème siècle décrivent les costumes de danse essentiellement fait de tapa. Cette écorce d’étoffe battue habillait danseurs et musiciens. En 1928, le film Tabu, réalisé à Bora Bora par Murnau et Flaherty consacre les costumes en more. Progressivement les robes missions, les pantalons et les chemises s’effacent ; le more devient l’élément essentiel du costume de danse traditionnelle.
Interview de Matani Kainuku
Je lance mes idées sur papier et des personnes autour de moi m’aident à affiner ma représentation du costume. C’est une tache difficile parce que c’est pas au premier coup de crayon que l’on réussit, il faut plusieurs touches de crayon pour vraiment finaliser le costume.Nous partons d’écrits, d’écrits de personnes qui ont voulu garder, préserver la culture par les mots et c’est à partir de ces écrits que tout arrive. C’est notre interprétation de ces écrits, donc je pense que le but du costume est surtout de recréer une ambiance, de recréer un personnage, et c’est tout ça qui forme je pense une cohérence dans les choix. C’est surtout une fusion que l’on voudrait créer entre la personne et l’habit qu’elle portera.
Donc cette année j’ai choisi d’utiliser le roseau. Ce roseau donc est visible sur la coiffe, sur le collier, à l’arrière en cape, mais également pour la confection de la jupe. Ce roseau est assemblé ici par un tissu, sur la ceinture des garçons, de la nacre en long avec des noix de coco. De la nacre pour la représentation du deuil et de la nuit et les noix de coco, pour la terre, la couleur de la terre, les origines. Il y a toute une équipe derrière qui s’occupe de la couture de l’assemblage des matériaux et qui sont aptes à me dire si tel ou tel matériau doit être collé avant ou après parce qu’ils ont l’habitude du savoir, ils ont le savoir faire. Et c’est ce comité qui cherche tous les matériaux nécessaires.
Je pense que le plus important c’est de comprendre ce que l’on fait. Et pour moi, quand je dis qu’il y a à prendre en compte le thème d’un spectacle, la chorégraphie d’un spectacle, la composition scénique d’un spectacle, la mise en scène de tous les acteurs dans un spectacle, mais également la réalisation d’un costume, je pense qu’il ne faut plus morceler les choses, il faut faire en sorte qu’il y ait une vraie corrélation, un vrai sens dans ce qui se fait. Et pour moi, la prise en compte de la forme du costume est importante. Je pense que tout est à prendre en compte. Et la chorégraphie, mais également le lien entre la chorégraphie et le mouvement qui va s’effectuer avec le costume.
Si les filles font un pas, il faut que le costume soit aussi l’image de ce pas. Elles ne peuvent pas faire un pas avec un costume qui va empêcher de le faire, qui ne va pas permettre de comprendre ce qui se passe.Il y a une longue période qui me semble importante, depuis la conception du costume jusqu’au jour J. Je ne peux pas me permettre d’aller au Heiva avec des regrets. Non. Donc c’est cette longue période que j’utilise pour faire les choix les plus judicieux possibles, dans la réalisation finale du costume.
Et d’ailleurs tous les gens autour de moi se fâchent un peu parce qu’ils attendent que je leur dise, « non en fait il faut plus faire comme ça ». Ils craignent que je change du jour au lendemain, parce que des flashs peuvent arriver, de meilleures idées peuvent venir, et moi je considère qu’il faut attraper le train quand il est en marche, et je suis là pour aider aussi, donc, pour moi, je pense que c’est un peu la spécificité de l’art ; c’est quelque chose qui est dynamique et qui n’est pas figé. Donc je ne peux pas croire que ce costume que j’aurais choisi, soit le meilleur, mais au moins, à un moment donné précis dans ma pensée, je crois que c’est celui qui répond le mieux.
Natif de Pirae, Matani Kainuku a passé toute son enfance à Faa’a (côte Ouest de Tahiti). Dès son plus jeune âge, il « baigne dans la chanson ». « Petit, je pensais que ma grand-mère avait pour métier de faire la bringue! », plaisante-t-il tant il associait son aïeule – en définitive guide touristique – à la chanson et à la fête. Elle était d’ailleurs la tante d’une artiste de renom, Esther Tefana, dont les chansons sont régulièrement fredonnées.
Le décès de sa grand-mère provoque une rupture dans ce quotidien festif et, durant de longues années, Matani Kainuku reste éloigné des activités artistiques. Vers 20 ans, il reprend la danse, la musique et le chant. Il côtoie les plus grands groupes des années 90: Heitiare, Toa Reva, Temaeva, et se forme également au Conservatoire Artistique de la Polynésie française. Ses passages dans Manahau et Les Grands Ballets de Tahiti le motivent finalement à « monter (sa) propre troupe de danse, à apporter (sa) pierre ».
Naissance de Nonahere
Le 5 mars 2004, Matani Kainuku réalise ses projets et fonde le groupe de danse Nonahere. L’aventure commence avec la victoire au concours du Heiva Taurea de Mahina (côte Est de Tahiti). Désormais confiant, le groupe se présente en 2005 au Heiva i Tahiti et arrive directement à la deuxième place derrière Hei Tahiti, mené par Tiare Trompette.
Ces débuts encourageants décident Matani Kainuku à représenter le groupe et, en 2006, Nonahere remporte le premier prix de la catégorie « Légendaire ». L’an passé, inscrit dans la catégorie « Création », il obtient à nouveau une belle victoire face à Toa Reva. La plus haute marche du podium, le groupe de Mahina ne l’a pas cédé depuis, et cette année encore, sa participation s’est soldée par un premier prix.
Source : TahitiPresse
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