Miriama Geoffroy, femmes et écritures à l’assemblée de la Polynésie française (Tahiti)

En fait actuellement je suis artiste peintre, mais c’est une vocation qui s’est révélée à moi il n’y a pas très longtemps, il n’y a que six ans. Avant j’étais architecte ; donc j’ai fait des études d’architecture à Paris, j’ai exercé pendant deux ans, je suis passée un peu par la communication, j’ai touché un peu à beaucoup de choses qui tournaient autour de l’expression mais sans réellement réaliser ma vocation et en fait c’est quand j’ai eu mes enfants que d’abord j’ai dû m’arrêter un peu de courir partout et de faire de la communication et qu’en fait j’ai réalisé que l’expression artistique et la peinture étaient vraiment d’abord ce que j’avais envie de faire et ensuite ce que j’avais besoin de faire. Je n’ai donc pas réellement de formation artistique dans le sens où je n’ai pas fait les Beaux Arts mais c’est quelque chose qui m’a toujours intéressé, qui a toujours été en moi.

Je pense que depuis que je suis enfant en fait, d’aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours peins, j’ai toujours dessiné, et même dans les métiers que j’ai choisis, architecture ou communication, il y a toujours eu une forme d’expression. Mais c’est vraiment en ayant mes enfants, en devenant mère, que s’est posé la question de la transmission, de ce que l’on a envie de donner à son prochain.

L’écriture, c’est d’abord une ouverture sur le monde… J’ai toujours peins, mais j’ai toujours aussi beaucoup lu et l’écriture avait d’abord une influence je dirais indirecte sur ma peinture parce que c’est à travers l’écriture je pense que j’ai mieux pris possession de ma culture polynésienne. Et puis, l’écriture est comme la musique, elle est très présente dans ma vie de tous les jours et en fait petit à petit j’ai de plus en plus essayé de retravailler dessus et dernièrement j’ai passé un gros pas car je travaille vraiment sur la graphie, c’est-à-dire que j’ai demandé à des gens qui me sont proches d’écrire soit des textes spécifiquement pour moi, soit des textes qu’ils aimaient. Moi, j’ai fait pareil, j’ai aussi demandé à mes enfants d’écrire et j’intègre vraiment l’écriture mais pas en tant que sens, plutôt en tant que graphie, dans ma peinture.

Je pense que l’on ne peut pas empêcher un artiste ni de peindre ni d’écrire… de s’exprimer en général, je sais que peindre c’est un besoin, pour moi c’est vital. Par contre on peut empêcher la transmission du message, c’est-à-dire que pour moi il n’est pas possible de m’arrêter de peindre par contre je peux demain ne plus avoir de gens qui voudront m’exposer, ou regarder ce que je peins. C’est pareil pour un écrivain, on le voit partout. L’écrivain écrit, après est-ce que son message va être publié, est-ce qu’il va être retransmis, est-ce qu’il va être interdit ? C’est un autre débat mais je pense que fondamentalement l’artiste a besoin de s’exprimer et rien ne peut l’empêcher de la faire. Après est-ce que son message est transmis et est-ce qu’il est compris, ça, c’est une autre question.

J’ai l’impression qu’en Polynésie la plupart des femmes que je rencontre qui sont artistes, qu’elles soient écrivains ou peintres ou qu’elles fassent de la sculpture, elles ont vraiment un petit peu le même parcours que moi c’est-à-dire que leur expression artistique s’est révélée à travers un besoin, c’est-à-dire que l’on a pas de formation vraiment spécifique ici pour peindre ou pour écrire, c’est vraiment comme, je sais pas, quelque chose qui bouillonne pour différentes raisons, ça peut être la revendication, ça peut être le plaisir, ça peut être la vocation et je pense qu’on a vraiment besoin de passer le pas, de faire sa première expérience parce que je sais que le premier pas c’est ce qu’il y a de plus difficile, après on se rend compte que l’on en a besoin, que l’on ne peut pas s’en empêcher.

Donc je pense que pour toutes les femmes qui ont envie de s’exprimer, il ne faut vraiment pas avoir peur de le faire, même si on pense que l’on ne sait pas, que l’on n’a pas de formation, ce n’est pas grave, ce qui est important c’est ce que l’on a envie de dire et comment on le fait et après il y a une espèce de solidarité en Polynésie qui fait que quand on a un message intéressant, je pense qu’il est retransmis quand même.

Réalisation : Claire Schwob
Réalisation : Claire Schwob Production : Tahiti Nui Companies
Type : Série de magazines Thème : Interviews de femmes écrivains de Polynésie française Titre : Femmes et écritures Synopsis : Les auteures polynésiennes sont de plus en plus nombreuses depuis quelques années. Elles semblent vouloir sortir de l’ombre, témoigner de leurs expériences en tant que femmes dans la société. Cette série de magazines recueille leurs témoignages, dévoilent leur volonté de s’exprimer enfin, selon des styles bien différents. Durée unitaire : 4 minutes Episodes: 5 Langue : français Formats : 4/3 et 16/9

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