Patricia Baron Lysio à l’Atelier

Très jeune, après mon bac, j’ai passé trois ans dans une école des Beaux Arts à Paris et j’ai eu la chance de vivre dans plusieurs pays, ce qui m’a permis de faire un travail de récolte pour faire des tableaux un peu authentiques par la suite.

Donc à 18 ans, je me retrouve à l’école des Beaux Arts et la seule chose qui m’a intéressé après c’était de sortir de ce parcours un peu académique pour pouvoir justement exercer autre chose et c’est ce qui est le plus difficile pour moi, ça m’a pris presque dix ans… en ayant touché à l’aquarelle, à plein de techniques, ça a été le plus difficile et j’ai réussi justement à exorciser ce parcours en donnant des cours.

Le fait de donner des cours à des élèves, j’ai été obligé vraiment de comprendre ma propre démarche, de me connaître tout simplement. Ce projet m’a donc permis, tout en continuant à voyager, de récolter les traditions, les écritures, les choses comme ça, c’est-à-dire à faire un travail sur les carnets de voyage ; des carnets de voyage comme on l’entend : ce peut être des images, des choses comme ça, mais moi, c’est dans l’abstraction, c’est vraiment ce que je ressens : les choses, les rencontres.

Grâce à ce travail avec les matériaux des pays, je peux produire des pages entières, de très très grandes pages (parce que mon carnet de voyage est original parce qu’il est très grand), donc c’est des pages entières, et de là, mes tableaux sortent de cela. Je peux prendre un petit morceau de ce carnet de voyage et en faire des séries de tableaux.
Je suis boulimique, de peinture, d’idées, de choses comme ça, donc l’idée du carnet de voyage, c’est le fait que je mets à plat, je peins sans arrêt des pages.

Ca fait un an et demi que je suis sur le territoire et mon travail depuis quelques mois est tahitien, c’est-à-dire qu’honnêtement j’emploie des mots tahitiens dans mon travail, je travaille avec des matériaux, des terres tahitiennes, et je me sens très honnête avec ça, très très honnête. C’est vrai que… dire des choses… c’est à voir, c’est à regarder, à sentir, à toucher après et donc c’est très intéressant ces passages. J’ai un grand passage, mais ça c’est quelque de très féminin, c’est les tons terre ; mais là, il y a des explications : il y a l’Afrique, il y a la Nouvelle-Calédonie, je revenais de trois ans en Nouvelle-Calédonie, donc couleurs terre évidemment ! Actuellement je me dis que peut-être ces bleus turquoise me tentent, je regarde par les fenêtres et je me dis que c’est très beau aussi. Je pourrai envisager des bleus plus tard, mais c’est vrai que le travail couleur terre comme ça me permet de travailler non pas de grandes choses mais des détails de vie, c’est-à-dire que je peux m’arrêter sur quelque chose que personne ne verra ou alors au microscope.

Ca, ça m’intéresse ! Je trouve que la chose qui est presque banale m’intéresse ; et faire des tableaux ou des pages de carnets de voyage avec ça c’est fabuleux ! Donc les matériaux, oui ! Je travaille avec tous les pandanus, tout ce que l’on trouve, on récolte… Vous verriez l’état de mon sac, c’est effrayant… parce qu’on récolte ; mais tous on est comme ça, la nature est extraordinaire et généreuse.

Je ne suis pas que peintre. Je sculpte, le côté 3D m’intéresse toujours justement, pour t’éloigner. Un tableau, je raconte souvent à mes collègues, c’est un nombril, on se regarde, c’est effrayant. Alors que quand tu fais un 3D, tu tournes autour, tu regardes, tu te lâches… le lâcher prise est extraordinaire dans une sculpture.
L’histoire de ces robes, c’est que quand je suis arrivée, j’ai fait une très jolie rencontre avec un directeur de troupe de danse qui m’a fait visiter la Maroto. C’était entre démystifier le côté touristique de Tahiti, ça a été au bout de quinze jours une belle découverte, et après, pour le remercier, j’ai habillé les jeunes femmes de la troupe. C’est-à-dire j’ai peins comme je peins d’habitude des tableaux, et de là, je les ai coupé… Donc on arrive à la sculpture comme ça. Donc on se retrouvait avec des sculptures vivantes avec de très jolies femmes qui portaient mes peintures qui passaient sur leurs corps. Ca a été une très riche expérience ça aussi, j’ai beaucoup aimé.

Je ne veux ni me définir comme peintre, comme artiste… J’ai un mot qui ne plait pas toujours parce que c’est très péjoratif… Je me situe (et quelques fois j’ai vraiment envie de mettre ça sur les bios), comme une bricoleuse, donc extrêmement péjoratif pour beaucoup de monde. Arrivée (sans exagérer) à trente ans de peinture, je trouve que je suis toujours dans l’expérimentation, j’essaie tout le temps, et je trouve que ce qui est intéressant c’est quand j’arrive justement par accident, à des choses.

Et là, je m’arrête, c’est comme dans une personnalité, quelque fois la personne est plus intéressante dans ses défauts que dans ses qualités, donc voilà, dans ma peinture en expérimentant, en touchant à tout, vraiment en touchant à tout (tu as dû voir l’atelier c’est un nid de trésors, de sacs, de choses comme ça), j’arrive à avoir cette peinture intuitive…. Et là je me situe ni peintre, ni rien, mais bricoleuse… Ca, ça me plaît bien !

Réalisation : Claire Schwob
Réalisation : Claire Schwob Production : Creative.tv
Type : Série de magazines Thème : Portraits d’artistes polynésiens Titre : Talents Synopsis : « Talents » nous entraine à la rencontre des créateurs polynésiens : peintres, sculpteurs, écrivains, musiciens, chanteurs, danseurs,… à travers des portraits intimistes des artistes et de leurs oeuvres. Durée unitaire : 4 minutes Episodes: 8 Langue : français Formats : 4/3

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