Titaua Peu, 34 ans, auteur de « Mutisme » sorti en 2003.
Ce qui m’a poussé à écrire c’est une espèce de sentiment de colère. Je revenais de mes études à Paris, j’arrive à Tahiti et mon pays n’était plus le même. C’est ce sentiment que j’ai voulu décrire, raconter non pas par nostalgie, mais pour faire comprendre à mon pays que l’on devenait n’importe quoi. C’était surtout pour trouver une parole tahitienne parce qu’à l’époque et encore aujourd’hui paradoxalement, le tahitien ne s’exprime toujours pas sur ce qu’il ressent réellement, sur ce qu’il est.

On n’écrit jamais gratuitement, on écrit pour les autres, mais aussi et surtout quelque part pour soi même… Maintenant dire que j’ai transmis quelque chose… Je crois que oui, en tout cas pour beaucoup de lecteurs un bon moment tout d’abord à lire, et je pense également que j’ai transmis cette quête d’authenticité dans la réflexion et la prise de conscience.

Pour moi la force de l’écriture c’est justement cette puissance à soit donner de l’amour, soit même blesser ou tuer. Mon écriture a été qualifiée de violente, de dure, mais c’était juste pour dire mon amour pour ce pays. Cette écriture engagée nous permet à quelques-uns d’être différents parce qu’il y a- il faut se le dire- la pensée dominante qui nous fait beaucoup de mal dans la culture tahitienne, la culture dans ce pays. Il y a un politiquement correct que l’écrivain se doit de casser.

Je pense que nous, les femmes, nous sommes peut-être moins pudiques. Paradoxalement, l’écriture c’est se mettre à nu, or nos hommes sont un peu plus pudiques.
Je ne sais pas s’il y a une écriture polynésienne mais en tout cas une littérature polynésienne, oui, parce que les auteurs polynésiens existent et ça fait peut-être plus de trente ans maintenant que l’on a une voix, que l’on essaye de la maintenir et de la faire voyager mais ça, c’est un peu plus dur !

J’ai un peu peur parce qu’aujourd’hui on n’a plus le média du livre, du support papier. On croit qu’on apprend sur Internet, sur les blogs, il me semble, mais plus on voit de choses… C’est paradoxal, on lit des choses sans apprendre et je pense que le plus grand danger, ce n’est pas tellement la perte de l’écriture mais la perte de la réflexion et du sens.

J’aimerais que les Polynésiennes aient les moyens d’apprendre, de lire pour que de fil en aiguille elles puissent aussi s’exprimer non pas seulement sur leur vie personnelle mais sur ce qui les entoure… C’est un acte libérateur et quelque peu politique qu’elles devraient s’approprier. Elles sont aussi l’avenir de ce pays, elles sont incontournables et la voix féminine tahitienne a cette qualité et cette douceur aussi parfois qu’il nous manque dans cette société d’aujourd’hui.

Réalisation : Claire Schwob
Réalisation : Claire Schwob Production : Tahiti Nui Companies
Type : Série de magazines Thème : Interviews de femmes écrivains de Polynésie française Titre : Femmes et écritures Synopsis : Les auteures polynésiennes sont de plus en plus nombreuses depuis quelques années. Elles semblent vouloir sortir de l’ombre, témoigner de leurs expériences en tant que femmes dans la société. Cette série de magazines recueille leurs témoignages, dévoilent leur volonté de s’exprimer enfin, selon des styles bien différents. Durée unitaire : 4 minutes Episodes: 5 Langue : français Formats : 4/3 et 16/9

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