Je m’appelle Vaihere Poe Cadousteau, je suis enseignante au collège de Tipaerui, j’enseigne le français et je suis également auteure pour le groupe de danse Tamarii Tipaerui à l’occasion des Heiva depuis l’année 2004 jusqu’à l’année 2010.
J’ai eu beaucoup de difficultés à écrire en langue tahitienne puisque ce n’est pas ma langue maternelle, mes parents ne la parlaient pas forcément couramment, des expressions ressortaient mais c’étaient vraiment des expressions passe partout et basiques ; donc j’ai appris le tahitien à l’école et spécialement au lycée. Cela a été un défi pour moi de devoir écrire en tahitien car nous sommes amenés à écrire pour un Heiva et donc la langue tahitienne est dominante pour ce type d’écrits. Il est vrai que pour des textes de Heiva il faut avant tout faire passer une histoire et surtout faire passer des émotions, on touche un peu à l’affect du public et on essaye d’appeler un peu la fonction impressible de l’écriture donc il faut faire passer des émotions à travers des mots, à travers un spectacle. Dans le cadre de l’écriture de textes de spectacle, il y a tout de même un schéma à respecter.
Il faut rester fidèle par exemple à la légende qu’il nous a été demandé de développer et respecter aussi une certaine cohérence au niveau des placements des divers tableaux, que ce soit les Otea, les Aparima, etc. Maintenant au niveau de l’écriture à proprement parler il n’y a pas de règles. On peut très bien jouer sur les figures de style, sur la sonorité des mots, surtout en tahitien avec les patu o tu o , les chansons un peu scandées, donc là c’est l’occasion de mettre à profit nos savoirs poétiques et de jouer avec les syllabes, les voyelles, donc jouer un peu avec les sonorités.
On est libres à ce niveau là. J’avoue qu’en langue tahitienne, enfin, dans ma façon d’écrire en tout cas, je m’inspire un peu des figures de style que l’on emploie plus couramment dans la langue française comme les métaphores, la personnification, et c’est vrai que les types d’écrits que je propose sont assez différents de ceux que proposent des auteurs plus polynésiens de par leur naissance, de part leur connaissance de la langue.
Chaque écrivain a un mode, a eu un vécu, a eu des expériences et c’est à travers ce canevas-là qu’il va s’exprimer, il ne sera pas forcément compris d’un écrivain d’une autre culture, en tous cas le lecteur ne percevra pas tous les sous-entendus, les implicites d’un écrit provenant d’un écrivain d’une autre nationalité.
J’encouragerais les femmes polynésiennes à prendre ce chemin, malgré les aléas, malgré les pensées négatives qu’elles peuvent avoir par rapport à elles-mêmes. Je les encouragerais à se dépasser, à mettre par écrit toutes leurs réflexions, et petit à petit, peut-être que le texte ne sera pas littéraire à la base mais qu’il révèlera des émotions personnelles, un vécu. Après j’encourage à ce que ce texte soit partagé, qu’il puisse être lu, et de toutes façons, derrière un texte il y a forcément un message… Donc osez ! Osez écrire, vous découvrirez une forme d’expression tout à fait originale.
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